Paroles de villageois à Aïdjedo

 

Cette interview a été réalisée (en langue fon) à la demande du REPTA, en novembre 2013 auprès de la communauté villageoise de Aïdjédo, afin de retracer l’évolution d’une maternelle communautaire depuis son origine, sa mise en œuvre, son développement et sa pérennité. Nous voulions savoir ce qu’un tel projet apporte non seulement aux enfants mais au village tout entier.

Nous vous rapportons ici leurs paroles:

 

L’histoire remonte aux années 1999/2000 : les petits enfants sont nombreux dans le village. La garde en est confiée aux grands frères et aux grandes sœurs pour permettre aux mamans de vaquer à leurs activités. Les ainés sont le plus souvent déscolarisés. Très touchés par cette situation, l’association béninoise Initiative Développement Pêche a recensé les enfants, provoqué des réunions. Les doléances étaient les suivantes :

 

  • Scolariser les enfants en bas âge comme dans les grandes villes,

  • Régler la garde des enfants pour que les mères développent leurs activités économiques (commercialisation du poisson, transformation du manioc en gari).

 

En 2005, la maison maternelle communautaire a débuté par la construction d’un hangar en matériaux précaires. Les femmes se relayaient pour aller s’occuper des enfants. Les hommes veillaient pour le maintien en bon état du hangar

 

En 2007 le village s’est mobilisé pour construire une « paillotte » : l’effectif oscillait entre 45 et 50 enfants. Une maîtresse a été recrutée par le village. Elle était bénévole mais avait suivi une formation auprès des formateurs de ID Pêche.

 

 En temps de pluie les enfants étaient mouillés sous la paillotte et on essayait de les déplacer dans les maisons voisines. Ils ont un repas à midi : le prix est fixé à 100CFA mais certains parents ont du mal à payer. Ce sont les mamans qui à tour de rôle préparent les repas et secondent la maîtresse.Nous avons créé un petit poulailler : la vente des œufs nous a permis d’acheter des tableaux, des ardoises, un peu de vaisselle. Des étudiants français ont réuni assez d’argent pour construire un élevage de poules plus important :

 

  • Les enfants mangent des œufs

  • La vente des œufs permet d’acheter un peu de matériel et de payer en partie la maîtresse qui est à féliciter car elle vient régulièrement et fait bien son travail.

 

En 2013 la ville du Perreux-sur-Marne a donné une subvention pour une construction en dur, l’association ID Pêche a construit les sanitaires, une jeune béninoise a offert l’adduction d’eau.

 

Tous les enfants du village vont à l’école. Ils sont éveillés, propres, s’expriment librement, se lavent les mains avec du savon, disent des mots en français. Ils ont de bons résultats lorsqu’ils arrivent à l’école primaire : ils facilitent la tâche aux enseignants, ne sont pas dépaysés, sont les meilleurs et ne doublent jamais leur classe.

 

Nous avons changé notre regard sur nos enfants, ils sont traités avec plus de douceur car ils connaissent beaucoup de choses. Les sévices à eux infligés jadis diminuent.

 

Les anciens sont très contents et disent qu’ils auraient pu mieux réussir leur vie si en leur temps il y avait eu de telles choses.

 

La maternelle communautaire a donc apporté des changements au village :

 

  • Aussi bien les filles que les garçons vont à l’école et sont suivis

  • Les enfants ne traînent plus dans le village

  • Ils ont l’eau courante à l’école et disposent de toilettes

  • Nous, les mamans vaquons librement à nos occupations et les activités féminines marchent mieux

  • Les enfants sont épanouis et travaillent bien à l’école

  • Le village a bénéficié d’une construction en matériaux définitifs

  • Les enfants mangent un repas de qualité en commun à midi

  • Nous, les mamans, avons changé de mode de vie, les enfants nous sensibilisent à l’importance de l’hygiène.

  • Les enfants bénéficient d’un contrôle sanitaire mensuel

  • Les parents se réunissent deux fois par an pour échanger sur l’évolution des activités de l’école.

 

La situation va évoluer : le poulailler actuel va s’agrandir grâce à une subvention du Conseil Général du Val de Marne. Un poste d’animalier sera créé.

 

Ce projet de garde d’enfants a interrogé tout le village. La communauté a trouvé des solutions qui ont évolué. Le regard des adultes sur les enfants a changé. L’histoire n’est pas terminée car les villageois pensent toujours au développement à apporter à leur « école ».

 

                                                                                Décembre 2013